Passé hier l'après-midi dans le surpeuplé sous-sol de l'église Saint-Enfant-Jésus, et encore une fois été vraiment impressionné par le dynamisme et la diversité de la petite presse indépendante montréalaise. C'est lors d'événements comme ceux-là qu'on se rend compte qu'il y a un incroyable bouillonnement culturel sous la croute plate et lisse des médias grand public. Il y a de l'espoir.
Par contre, j'ai à nouveau été frappé par un malaise qui me prend souvent, dans des circonstances semblables: la triste impression que tout le monde fait sa petite affaire dans son coin. Pendant que les grands médias s'affairent à devenir plus gros et plus forts, les indépendants continuent de travailler à leurs projets, dans leur chambre à coucher, avec un minimum de mise en commun avec tous ces gens qui, à quelques rues de là, ont pourtant des objectifs, des idéaux et des désirs semblables. Dommage. C'est un énorme cliché, mais l'union fait bel et bien la force, et c'est seulement en mettant nos énergies ensemble que des choses vraiment puissantes vont pouvoir être créées.
Bien sûr, dans un sens, on pourrait dire que je suis mal placé pour parler, puisque ma petite affaire, je l'ai moi-même créée dans mon coin, il y a six ans. Mais c'est justement parce que je sais toute l'énergie que ça prend, tous les efforts qu'il faut mettre, que je me dis qu'on ne s'aide pas du tout, en ne collaborant pas plus ensemble.
Des solutions? Bien humblement, j'ouvre la porte de P45 à tous ceux qui ont des choses à dire, des idées à faire passer et qui souhaitent faire leur part pour que les choses changent un peu, dans ce Québec qu'on adore mais qui, chaque jour, nous fait secouer la tête en soupirant. On a de gros projets pour 2006, et on va avoir besoin de bras et de têtes et de coeurs. Vous êtes les bienvenus.





i soooo think the same... et je suis aussi une des première aux rangs des accusés.
Je travaille seule depuis longtemps, depuis que je suis toute petite en fait. Seule dans ma bulle on dirait que tout avance plus vite : personne avec qui négocier, j'évite ainsi d'avoir à m'obstiner, argumenter, rendre des comptes.
Je me suis rendu compte que je passe aussi à coté de bien des choses dont le plaisir d'échanger et d'avoir un but commun avec d'autres personnes allumées, le plaisir de partager une passion, le partage de connaissances et d'idées, et toute l'énergie qui se dégage d'un groupe de gens motivés par les même intérêts.
Les résultats d'un travail d'équipe peuvent être tellement différent et beaucoup plus intéressants sur le plan du résultat et de ce que l'on en retire comme expérience. Je me fait un devoir de sortir de mon isolement et de collaborer autant que possible avec d'autres allumés qui vont donner à mes projets une autre couleur, voir même une autre direction, et surement un résultat beaucoup plus riche que si accomplis seule.
Ce qui freine les gens d'ici à travailler et collaborer ensemble sur des projets? plusieurs facteurs surement, mais entre autre :
la volonté de tout contrôler (une des pire maladie en création)
les égo mal placés
la timidité
le manque de confiance en soi.
Je blaste p-être beaucoup les québecois dernièrement mais je crois que 3 des 4 points mentionnés ci-haut les caractérisent drôlement bien. À suivre, car ils ont aussi des qualités.
Rédigé par: m-c | 27 novembre 2005 à 23:05
Ma petite affaire.
À moi tout seul. Des fois ça fait du bien. De se dégager de la grosse machine.
V'est comme une vacance avec soi-même.
Un gage de réussite personnelle, si ça réussit.
Et si de tout cet isolement surgit l'envie de regroupement, il existe autour un bouillon d'artisan avec ces mêmes intérêts communs, quoique toujours bien personnels.
Chez nous on marie les genres : des projets communs, des projets maisons ainsi que des projets persos. Vous me direz qu'on brûle la chandelle par tous les bouts. Mais que voulez-vous? On n'a pas de gros qui nous accompagne dans l'aventure pour nous dire de mieux investir nos effectifs ou pour nous commander de meilleurs résultats. Peut-être qu'à cela, je m'adapterais. Le genre humain est bien flexible, son entreprise aussi.
Rédigé par: baillairge | 28 novembre 2005 à 00:30
Mélanie: je trouve justement que vous êtes un modèle de gens qui ont réussi à combiner le personnel (essentiel) et le collectif (tout aussi essentiel, d'une façon différente). Un monde avec plus de gens comme vous serait un monde meilleur.
m-c: d'accord avec ton constat -- je sais pas si c'est particulièrement québécois, mais c'est certainement très humain.
Rédigé par: Nicolas | 28 novembre 2005 à 08:09
Il y a définitivement, m-c, un état d'esprit au Québec, un buzz qui émerge, au fond, de la société de consommation et américaine qui est la nôtre; un buzz qui nous pousse à tout imaginer à partir de rien, ou alors de très peu, et ainsi à se croire tous les apôtres des valeurs de nos projets respectifs. c'est stupéfiant de constater parfois au Qc à quel point beaucoup de gens pensent par "messages"...
Même que le manichéïsme québécois (TQS vs. SRC, pour exemple, mais sinon voir du côté de la politique...) entretient, entre autres, cette volonté du "make it yourself and do not trust anybody". Bref d'une part individualisme, isolement, pédenterie, chauvinisme, démagogie, et d'autres part, manque de confiance en soi, d'"affirmativité", tentation de conserver telle qu'elle est l'état de la distribution des acteurs (grands, petits...), autocensure...
Pourtant, et on commence à s'en rendre compte, ces divisions commencent à dater, et plusieurs créateurs se réunissent par défaut (peut-être...) autour d'un nouveau paramètre : la qualité.
Exit les luttes de pouvoir, exit les seules volontés commerciales, exit les egos mal placés... grâce au web, essentiellement. Car au fond - et notre époque nous amène à réfléchir de + en + là-dessus, qu'est-ce qu'on cherche à faire, tous autant que nous sommes? Si j'ose définir ceci, ça serait : d'exercer une veille intelligente sur l'art, les NTIC, la culture, la société, bref, d'être des témoins lucides et créateurs dans tout ça. ça veut dire ce que ça veut dire...
Une des qualités cependant de ces dits Québécois, c'est que nous n'avons rien à perdre : tout est à faire. aucune contrainte je crois ne menace "physiquement" ceci : le partage. Et quand on combine partage et qualité, on est heureux de vivre :)
Il s'agit d'être pro... et de rester humaniste dans tout ça. Le milieu indépendant est sensible à ces valeurs, nous sommes plusieurs à l'être tout autant x
Rédigé par: xkr | 28 novembre 2005 à 13:46
le web sauvera nos vies!! Je l'ai toujours su!!
ok ok, je me calme.
on pourrait p-e se faire notre version de 'pour un québec lucide'?
je suis pas si calme encore...
*
'Une des qualités cependant de ces dits Québécois, c'est que nous n'avons rien à perdre : tout est à faire. aucune contrainte je crois ne menace "physiquement" ceci : le partage. Et quand on combine partage et qualité, on est heureux de vivre :)'
je suis dispo pour en parler quand vous voulez!
Rédigé par: m-c | 28 novembre 2005 à 15:04
Du côté pratico pratique, il y a des solutions de regroupement qui vous permettrait de mettre en commun certaines ressources ne touchant pas à votre exercice de création, comme par exemple les locaux, téléphone, agents ou représentants. Vous pourriez fonder une coopérative de producteur, ce qui vous permettrait d’avoir un contrôle démocratique sur ses affaires et vous laisserait le champ libre quant à vos créations.
Rédigé par: Stich | 28 novembre 2005 à 15:41
La première chose à partager, je crois, c'est le réseau. Cette sorte de pieuvre abstraite et invisible qui étire ses bras dans toutes les directions.
Chaque membre actif d'une communauté possède un réseau. Il est petit ou grand, souple ou rigide (et parfois gluant). Mais il est possible de le partager avec d'autres membres, créant ainsi une gigantesque toile tentaculaire.
Lors de l'Expozine, la salle était bondée parce que chaque exposant a invité son réseau. Et comme tout le monde possède des intérêts communs, les découvertes se sont suivies à un rythme d'enfer. N'ai-je pas croisé Rachelle Ellis et Mélanie Baillargé ?
Le public n'est pas exclusif. On peut le partager.
Rédigé par: Jean-François Proulx | 29 novembre 2005 à 22:32